Il y a des morts qui deviennent légende avant même que la poussière ne retombe. Celle d’Oliver Reed, survenue le 2 mai 1999 dans une taverne de Valletta, à Malte, appartient définitivement à cette catégorie. Non pas parce qu’elle était belle — elle ne l’était pas — mais parce qu’elle ressemblait, d’une façon presque cruelle, à l’homme lui-même : excessive, incontrôlable, et impossible à oublier.

Ce soir-là, Reed était en pause sur le tournage de Gladiator, le péplum de Ridley Scott qui allait devenir l’un des films les plus célébrés de son époque. Il avait soixante et un ans, une carrière derrière lui aussi tumultueuse que brillante, et visiblement, aucune envie de rentrer se coucher tôt.
Dans un pub local de la capitale maltaise — un endroit que les habitués appelaient simplement The Pub — il s’était lancé dans un concours de boisson avec des marins de la marine britannique, notamment des membres du HMS Cumberland. Des pintes, des shots de rhum, du whisky. Il aurait consommé une quantité d’alcool que même ses admirateurs les plus fidèles trouvaient difficile à imaginer. Puis il s’est effondré. Il est mort dans l’ambulance avant d’atteindre l’hôpital.
| Informations personnelles | |
| Nom complet | Robert Oliver Reed |
|---|---|
| Date de naissance | 13 février 1938 |
| Lieu de naissance | Wimbledon, Surrey, Angleterre |
| Date de décès | 2 mai 1999 (à 61 ans) |
| Lieu de décès | Valletta, Malte |
| Lieu d’inhumation | Cimetière de Bruhenny, Churchtown, comté de Cork, Irlande |
| Éducation | Ewell Castle School |
| Vie personnelle | |
| Épouses | Kate Byrne (m. 1960 – div. 1969) Josephine Burge (m. 1985 – jusqu’à sa mort) |
| Enfants | 2 (un fils, une fille) |
| Dernière résidence | Churchtown, comté de Cork, Irlande |
| Carrière professionnelle | |
| Profession | Acteur |
| Années actives | 1955 – 1999 |
| Œuvres notables | Oliver! (1968), Women in Love (1969), The Three Musketeers (1973), Gladiator (1999) |
| Cause du décès | Crise cardiaque (après une soirée de consommation excessive d’alcool, Valletta) |
| Impact posthume | Scènes complétées pour Gladiator grâce à une doublure et à la CGI |
C’est difficile de ne pas ressentir quelque chose d’ambigu en lisant cette histoire. D’un côté, il y a la tristesse évidente d’une vie écourtée. De l’autre, il y a quelque chose qui ressemble presque à une cohérence tragique — Reed qui meurt comme il avait vécu, sans frein, sans calcul, en bonne compagnie autour d’un verre.
Sa vie, d’ailleurs, avait toujours été marquée par cette espèce de dualité. Né Robert Oliver Reed le 13 février 1938 à Wimbledon, il avait grandi dans l’ombre d’une famille liée au monde du spectacle — son grand-oncle n’était autre que Sir Herbert Beerbohm Tree, acteur et impresario victorien de renom. Mais Reed n’avait pas hérité de la finesse de salon. Il était sorti de l’Ewell Castle School sans grand diplôme, avait exercé divers métiers — chauffeur de taxi, videur de boîte de nuit — avant de décrocher ses premières apparitions à l’écran en 1955. Il se forgea lentement, patiemment, une réputation.
La consécration arriva en 1968 avec Oliver!, l’adaptation musicale du roman de Dickens. Reed y incarnait Bill Sikes — personnage brutal, inquiétant, habité. C’est sur ce tournage qu’il rencontra Jacquie Daryl, danseuse classique également au générique, avec qui il eut une fille. Sa vie sentimentale, à l’image du reste, n’était pas simple. Il avait épousé Kate Byrne en 1960 ; ils eurent un fils ensemble avant que leur mariage ne prenne fin en 1969. En 1985, il se remaria avec Josephine Burge, une femme qu’il avait rencontrée en 1980, alors qu’elle avait seize ans et lui quarante-deux. Ils restèrent ensemble jusqu’à sa mort, vivant dans le calme relatif de Churchtown, dans le comté de Cork, en Irlande.
Il est possible que cet homme complexe, parfois scandaleux, ait cherché dans cette vie irlandaise une forme de paix qu’il ne trouvait pas ailleurs. En 1974, lors d’une émission de la BBC Radio 4 — Desert Island Discs — il avait choisi comme pièce musicale préférée « Jardins sous la pluie » de Claude Debussy, et comme livre de survie Winnie-the-Pooh de A. A. Milne. Il y avait dans ces choix quelque chose de touchant et d’inattendu, presque enfantin, chez un homme dont la réputation publique reposait en grande partie sur la démesure.
Oliver Reed mort à Malte, le chantier laissé inachevé était considérable. Ses scènes dans Gladiator, où il jouait Proximo, l’ancien gladiateur devenu marchand d’esclaves, n’étaient pas terminées. Ridley Scott dut recourir à une doublure et à des techniques de CGI — encore balbutiantes à l’époque — pour compléter le personnage. Ce fut l’un des premiers grands exemples de recréation numérique d’un acteur disparu. Le résultat, selon beaucoup de spectateurs et de critiques, était remarquablement convaincant. Peut-être même trop.
Il reste, dans l’histoire du cinéma britannique, une figure à part entière. Pas particulièrement commode, pas toujours professionnel au sens strict, mais possédant à l’écran une présence magnétique que peu d’acteurs de sa génération pouvaient revendiquer. Richard Burton avait la voix. Peter O’Toole avait l’élégance fragile. Oliver Reed, lui, avait quelque chose de plus brut — une densité physique et émotionnelle qui traversait l’écran sans effort.
Sa tombe se trouve aujourd’hui au cimetière de Bruhenny, à Churchtown. Sobre, discrète. Loin de Valletta et de ses tavernes. Il y a là quelque chose d’un peu ironique, ou peut-être simplement juste : un homme qui avait rempli chaque pièce dans laquelle il entrait se retrouvant dans un coin tranquille d’Irlande, entouré de silence.
