Dans certaines salles de marché à Londres ou à Singapour, les conversations ont légèrement changé de ton ces derniers mois. Pendant des années, le récit dominant était simple : la croissance mondiale passait par les États-Unis, et surtout par leurs géants technologiques.

Aujourd’hui, une autre question circule entre les écrans Bloomberg et les tasses de café froid.
Informations clés
| Élément | Détails |
|---|---|
| Indice principal | MSCI Emerging Markets Index |
| Performance 2025 | +33,6 % |
| Performance MSCI World | +21,1 % |
| Croissance début 2026 | +14,9 % (premiers mois) |
| Facteurs clés | Dollar faible, diversification, matières premières |
| Entreprises majeures | TSMC, Samsung Electronics, SK Hynix |
| Régions importantes | Corée du Sud, Taïwan, Inde, Amérique latine |
| Dette en dollars | environ 4 000 milliards $ |
| Source de référence |
Les marchés émergents résistent-ils mieux que prévu ?
Les chiffres récents donnent matière à réflexion. En 2025, l’indice MSCI Emerging Markets a progressé d’environ 33,6 %. Une performance solide, surtout si on la compare aux 21,1 % du MSCI World, l’indice qui regroupe les grandes économies développées. Pour beaucoup d’investisseurs, cette différence n’est pas passée inaperçue.
Il y a encore quelques années, les marchés émergents semblaient presque oubliés. Les capitaux se concentraient massivement sur les grandes entreprises technologiques américaines. Nvidia, Apple, Microsoft. L’attention était totale.
Mais les cycles financiers changent souvent de manière inattendue. Dans certains fonds d’investissement européens, on commence à voir apparaître une stratégie plus équilibrée. Les gestionnaires parlent de diversification, parfois avec une certaine prudence.
Peut-être que la domination américaine n’est pas éternelle. Un élément revient souvent dans les analyses : la faiblesse relative du dollar. Depuis environ un an, l’indice du dollar a reculé d’environ 8 %. Ce mouvement peut sembler modeste, mais il a un effet très concret.
Les économies émergentes portent environ 4 000 milliards de dollars de dette libellée en dollars. Quand la monnaie américaine se déprécie, cette dette devient plus facile à rembourser. Le poids financier diminue, parfois de manière significative.
C’est un mécanisme discret mais puissant. Dans les bureaux feutrés de certaines sociétés de gestion, on entend parfois une phrase qui résume bien la situation : « Un dollar plus faible respire comme un vent favorable pour les marchés émergents. »
Mais ce n’est pas le seul facteur. Depuis quelques mois, de nombreux investisseurs cherchent aussi à réduire leur exposition aux actions américaines. Les valorisations y sont devenues élevées. Certains analystes parlent même d’un certain excès d’optimisme.
Il y a un moment où les investisseurs commencent à regarder ailleurs. Et ailleurs peut vouloir dire Séoul, Taipei ou Mumbai. La Corée du Sud, par exemple, occupe une place particulière dans cette dynamique. Des entreprises comme Samsung Electronics ou SK Hynix dominent le secteur mondial des semi-conducteurs. Ces entreprises sont au cœur de l’économie de l’intelligence artificielle.
Pourtant, leurs valorisations restent souvent plus modestes que celles des géants américains. Samsung se négocie parfois à moins de dix fois ses bénéfices prévisionnels. À titre de comparaison, certaines entreprises américaines dépassent largement ce niveau.
Cette différence intrigue. Elle suggère qu’il existe peut-être encore des opportunités sous-estimées dans certaines régions du monde. Taïwan est un autre exemple frappant. TSMC, le plus grand fabricant de semi-conducteurs au monde, fournit les puces utilisées par presque toutes les grandes entreprises technologiques américaines.
Sans Taïwan, une grande partie de l’économie numérique moderne s’arrêterait. Et pourtant, malgré cette importance stratégique, Taïwan reste classé parmi les marchés émergents.
Cette classification, parfois liée à des règles de marché ou de régulation, crée une situation curieuse. Des entreprises très avancées technologiquement sont regroupées dans une catégorie souvent associée à des économies en développement.
Il y a là un paradoxe intéressant. Mais les marchés émergents ne se résument pas à la technologie. L’Inde, par exemple, suit une trajectoire différente. Son marché boursier reflète surtout la consommation intérieure. Avec plus de 1,4 milliard d’habitants, la croissance économique indienne repose largement sur l’augmentation du pouvoir d’achat domestique.
Les supermarchés, les banques, les entreprises de services. Un autre moteur vient des matières premières. Des pays comme le Chili, le Pérou ou l’Afrique du Sud bénéficient de la hausse des prix de certains métaux. L’or, l’argent et le cuivre jouent un rôle important dans leurs économies.
Et dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique, ces ressources deviennent stratégiques. Bien sûr, tout n’est pas simple.
Les marchés émergents restent sensibles aux tensions géopolitiques et aux mouvements des banques centrales. Un conflit prolongé au Moyen-Orient ou un changement de politique monétaire américaine pourrait modifier rapidement l’équilibre.
Les investisseurs le savent. C’est pourquoi la question « Les marchés émergents résistent-ils mieux que prévu ? » reste ouverte.
Mais il y a une chose difficile à ignorer. Dans de nombreux portefeuilles d’investissement, ces marchés restent sous-représentés. Certains investisseurs n’y sont presque pas exposés.
