Il y a quelque chose d’étrange à chercher l’homme qui se cache derrière Brigitte Bardot — comme si l’icône avait toujours existé telle quelle, sortie de nulle part avec sa chevelure blonde et cette façon particulière de regarder l’objectif sans ciller. Mais avant qu’il y ait une « BB », avant le mythe, avant Saint-Tropez et les paparazzi et les unes du monde entier, il y avait une jeune Parisienne de dix-huit ans et un réalisateur de vingt-trois ans qui voyait en elle quelque chose que les autres n’avaient pas encore su nommer.

Ce réalisateur, c’était Roger Vadim. Et leur mariage, célébré en décembre 1952 dans la relative discrétion bourgeoise de leurs deux familles, allait changer l’histoire du cinéma français — sans que personne ne le sache vraiment à ce moment-là.
Informations Biographiques et Professionnelles
| Catégorie | Détails |
|---|---|
| Sujet | Premier mariage de Brigitte Bardot |
| Brigitte Bardot — Nom complet | Brigitte Anne-Marie Bardot |
| Date de naissance de BB | 28 septembre 1934 — Paris, France |
| Premier mari | Roger Vadim (nom complet : Roger Vladimir Plemiannikov) |
| Profession de Vadim | Réalisateur et scénariste français |
| Date du mariage | 21 décembre 1952 |
| Âge de Bardot au mariage | 18 ans |
| Divorce | 1957 |
| Film emblématique ensemble | Et Dieu… créa la femme (1956) |
| Mariages suivants de BB | Jacques Charrier (1959–1962), Gunter Sachs (1966–1969), Bernard d’Ormale (1992–présent) |
| Héritage de Vadim | A également été marié à Annette Stroyberg, Catherine Deneuve (relation), Jane Fonda |
| Site de référence | Fondation Brigitte Bardot — fondationbrigittebardot.fr |
Roger Vadim Plemiannikov, fils d’un consul soviétique établi en France, n’était pas encore grand-chose lorsqu’il rencontra Brigitte. Ambitieux, séduisant, passionné de cinéma et de littérature, il circulait dans les milieux artistiques parisiens avec l’assurance de quelqu’un qui sait où il veut aller, même s’il n’y est pas encore. Brigitte, elle, venait d’un milieu bourgeois très strict — son père, industriel prospère, et sa mère veillaient à ce que leur fille suive un chemin balisé et raisonnable. La danse, peut-être le cinéma, mais toujours sous contrôle. Vadim représentait exactement ce que cette éducation cherchait à éviter : un monde de liberté, d’improvisation créative, et d’ambitions qui dépassaient le salon familial du XVIe arrondissement.
Leur mariage eut lieu alors que Brigitte n’avait que dix-huit ans — l’âge minimum que ses parents avaient fixé comme condition à leur union, après une longue période de fréquentation sous surveillance. Il est difficile, aujourd’hui, de ne pas voir dans cet empressement quelque chose de révélateur sur la nature de leur relation : deux personnes qui se voulaient vraiment, dans un contexte familial qui ralentissait leur élan. Ils s’installèrent ensemble à Paris, puis à Saint-Tropez, cette ville de pêcheurs que Vadim aimait et qui allait devenir, en grande partie grâce à Bardot, l’un des endroits les plus photographiés de France. Mais en 1952, tout cela restait encore à venir.
La véritable collaboration entre eux prit forme quatre ans après leur mariage, avec Et Dieu… créa la femme, sorti en 1956. Vadim réalisa le film, Bardot en fut l’interprète principale — une actrice déjà connue en France mais pas encore transformée en phénomène mondial. Le film, tourné en grande partie à Saint-Tropez avec une liberté de ton et une sensualité qui tranchaient brutalement avec les conventions du cinéma de l’époque, fit l’effet d’une déflagration. Aux États-Unis, où le film fut distribué, il rencontra un succès inattendu et propulsa Bardot au rang d’icône internationale. C’est Vadim qui avait dirigé cette transformation — qui avait choisi les angles, les lumières, la façon dont la caméra suivrait ce corps devenu symbole d’une certaine idée de la liberté française.
Il est tentant d’analyser ce mariage à travers le prisme du cinéaste et de sa muse, du créateur façonnant son modèle. Vadim lui-même n’a jamais renié cette lecture, tout en la nuançant. Il parlait de Brigitte avec une tendresse réelle, affirmant qu’il l’avait aimée profondément et que leur rupture, en 1957 — l’année suivant le triomphe du film —, tenait moins à un manque d’affection qu’à l’impossibilité de cohabiter avec une célébrité qui prenait des proportions que ni l’un ni l’autre n’avait vraiment prévues. La « BB » que le monde réclamait n’était plus tout à fait la femme que Vadim avait épousée dans la discrétion d’un hiver parisien.
Ce qui est peut-être le plus surprenant dans cette histoire, c’est la façon dont leur relation survécut au divorce. Ils restèrent en bons termes — une rareté dans les ruptures hautement médiatisées — et Vadim continua à parler de Bardot avec estime et affection pendant les décennies suivantes. Pour lui, elle était, avant d’être une icône, une femme d’une intelligence singulière et d’une liberté intérieure qu’aucune mise en scène n’avait fabriquée.
Pour elle, Vadim fut le premier à lui donner les outils pour comprendre ce qu’elle était capable de faire devant une caméra. Il est possible que sans lui, une autre version de Brigitte Bardot aurait tout de même émergé. Mais ce n’est pas celle-là qui aurait incendié les écrans de 1956 et réinventé, pour toute une génération, ce que pouvait signifier être une femme libre dans le cinéma mondial.
Brigitte se mariera encore trois fois après Vadim — avec l’acteur Jacques Charrier en 1959, le milliardaire allemand Gunter Sachs en 1966, et enfin Bernard d’Ormale en 1992, avec qui elle vit toujours retirée à La Madrague, sa maison de Saint-Tropez. Mais c’est ce premier mariage, celui de ses dix-huit ans, qui porte encore aujourd’hui la charge symbolique la plus lourde. C’est là que tout a commencé — pas seulement une carrière, mais une manière entière de regarder une femme.
