
Ce choix a été perçu comme audacieux et controversé lorsque Liège a inauguré la première zone de consommation supervisée de drogues de Belgique en septembre 2018. Après un an, les résultats sont remarquablement positifs, témoignant de résilience, d’empathie et d’un leadership pragmatique. Plutôt que de découvrir des seringues au coin des parcs ou dans les cages d’escalier, la ville a recensé 15 000 cas de consommation supervisée, sans débordement dans la rue.
Les chiffres sont clairs : cette installation a considérablement réduit les dangers pour la communauté et a créé un environnement plus sûr pour les usagers de drogues. Pour les habitants, auparavant contraints de fréquenter les lieux publics, cela se traduit par de bien meilleures conditions de vie, moins de maladies et moins d’overdoses. Liège a changé son histoire urbaine en introduisant la consommation de drogues à l’intérieur, en redonnant de la dignité aux personnes défavorisées et en améliorant la vie citoyenne.
Tableau des informations clés
| Attribut | Détails |
|---|---|
| Nom de l’établissement | Såf Ti – Salle de Consommation à Moindre Risque (SCMR) |
| Localisation | Rue Florimont 22, Liège, Belgique |
| Date d’ouverture | 5 septembre 2018 |
| Soutien politique | Projet lancé sous l’impulsion du bourgmestre Willy Demeyer |
| Coordinateur | Dominique Delhauteur |
| Usagers inscrits | Près de 500 toxicomanes marginalisés, principalement consommateurs d’héroïne et de cocaïne |
| Résultats de la première année | 15.000 actes de consommation évités dans l’espace public ; moyenne de 41 passages quotidiens |
| Services proposés | Salles d’injection et d’inhalation, matériel stérile, soins médicaux, programmes de réinsertion sociale |
| Impact plus large | Réduction des nuisances publiques, amélioration des conditions sanitaires, prévention des overdoses, meilleure image de la ville |
| Référence | Rélia – Salle de Consommation Liège |
Selon Dominique Delhauteur, coordinateur général, la fréquentation était modeste au début, avec une moyenne de seulement vingt visites par jour. Cependant, au printemps, le bouche-à-oreille des usagers a accéléré la courbe et la fréquentation a doublé. En avril 2019, cinquante personnes venaient chaque jour, prouvant qu’une fois la confiance acquise, elle peut se propager de manière remarquable, telle une vague de chaleur, encerclant progressivement ceux qui en ont le plus besoin.
Ce changement a été extrêmement personnel pour les usagers. Sébastien, 42 ans, qui a commencé à consommer des stupéfiants à 15 ans, a affirmé que l’établissement l’avait aidé à rester en sécurité et à l’abri du danger. Au lieu de cela, il a rencontré quotidiennement des travailleurs sociaux qui le considéraient comme une personne plutôt que comme un problème. Cette rencontre, particulièrement utile, lui a donné peu de raisons, mais de solides raisons, de réfléchir à des choix plus sains. Ces témoignages montrent comment la bienveillance peut subtilement changer les choses.
Le choix du maire Willy Demeyer a marqué un tournant politique. Un an plus tard, les preuves sont remarquablement convaincantes, malgré les accusations de ses détracteurs selon lesquelles il aurait normalisé la consommation de drogues. Personne n’est décédé d’une overdose au sein de l’établissement. Les troubles à l’ordre public liés à la drogue ont considérablement diminué. La police consacre désormais plus de temps à la lutte contre le trafic organisé et moins à la consommation de survie. Cette politique a transformé la collaboration entre les forces de l’ordre et les services de santé et s’est avérée très efficace.
L’intégration de l’approche liégeoise au système social et de santé de la ville constitue sa véritable innovation. Prévention, réduction des risques, accompagnement thérapeutique et lutte contre le trafic sont les quatre piliers sur lesquels repose la salle. En harmonisant ces forces, l’installation est devenue un élément essentiel d’un réseau plutôt qu’une expérience isolée. Son emplacement à proximité du commissariat de police a rappelé symboliquement que sécurité publique et santé publique sont partenaires plutôt qu’ennemies.
L’influence est palpable pour les habitants de la ville. Les parents déclarent voir moins de seringues abandonnées près des écoles. Les commerçants constatent une diminution du vagabondage autour de leurs établissements. Les familles témoignent d’un sentiment de propreté et de sécurité accru dans les espaces publics. Même s’ils sont anecdotiques, ces témoignages témoignent d’une consolidation progressive du lien social. Un projet autrefois redouté est devenu un outil civique très efficace, aidant Liège à se défaire de sa réputation négative de « ville toxique ».
Le contexte européen plus large offre une perspective. À l’instar de Zurich, Francfort et Paris, Liège a promu la consommation supervisée, mais avec une touche typiquement belge privilégiant la communication et l’inclusion. Les experts internationaux y voient une illustration de la manière dont l’innovation en matière de santé publique peut être réalisée dans les petites villes, et pas seulement dans les capitales. Cette décision présente une ressemblance frappante avec les réformes passées qui privilégiaient la compassion à la punition, telles que les campagnes pour des rapports sexuels protégés, le mariage pour tous ou l’échange de seringues, avec des effets considérables.
La pertinence de la réduction des risques s’est accrue grâce aux références que des célébrités et des leaders culturels ont commencé à y faire dans la musique, l’art et les débats. Ils veillent à ce que le problème ne soit plus occulté en l’humanisant. De la même manière que des célébrités comme Lady Gaga et Elton John ont changé la perception populaire du VIH grâce à leurs campagnes, les discussions sur les salles de consommation supervisées banalisent des sujets auparavant tabous.
Des difficultés subsistent. Seul un faible pourcentage des 2 500 à 3 000 consommateurs habituels de drogues dures de Liège est contacté. Les prochaines étapes consistent à étendre les actions de proximité, à renforcer les effectifs et à élargir les horaires. Selon ses détracteurs, la clinique ne traite pas les addictions. Pourtant, comme le soulignent les professionnels de la santé, la survie prime. S’injecter des seringues usagées dans les escaliers empêche quiconque d’entamer son rétablissement. Ce centre offre aux personnes concernées les bases nécessaires pour envisager un changement en stabilisant leur quotidien.
