Sept mille milliards de dollars. Pour mettre ce chiffre en perspective : c’est environ treize fois le chiffre d’affaires annuel de toute l’industrie mondiale des semi-conducteurs. C’est plus que le PIB de l’Allemagne. C’est une somme qui, si elle était mobilisée, constituerait l’un des plus grands transferts de capital industriel de l’histoire économique moderne. Et c’est ce que Sam Altman, PDG d’OpenAI, a commencé à chercher activement il y a plusieurs mois, en approchant des fonds souverains du Moyen-Orient, SoftBank, et d’autres entités capables d’opérer à cette échelle.
Le problème que ce plan est censé résoudre est réel, même si l’ampleur de la réponse proposée a provoqué des sourcils levés dans presque tous les cercles industriels. L’essor de l’intelligence artificielle générative se heurte à un goulot d’étranglement fondamental : les puces spécialisées nécessaires pour entraîner et faire fonctionner des modèles de grande taille — les GPU et les accélérateurs comme ceux de Nvidia, ou les TPU de Google — sont en pénurie chronique.

Les délais de livraison s’allongent. Les prix grimpent. Et les projections de demande en calcul pour les prochaines années dépassent largement les capacités de production actuelles des fonderies existantes. Altman a dit, en substance, que le monde ne fabrique pas suffisamment de puces pour faire fonctionner l’IA au niveau qu’il anticipe, et que personne d’autre ne s’apprête à résoudre ce problème à l’échelle nécessaire.
Le modèle qu’il a discuté avec des partenaires potentiels est celui d’un consortium multi-entités : des capitaux issus de fonds souverains et d’investisseurs privés finançant la construction d’une réseau mondial de nouvelles usines de fabrication, les fabs, qui seraient ensuite opérées par des acteurs établis comme TSMC — le géant taïwanais qui fabrique la grande majorité des puces avancées mondiales. OpenAI deviendrait l’acheteur primaire de la production issue de ces nouvelles capacités, garantissant ainsi un débouché commercial à des investissements qui demandent typiquement des années avant de générer un retour.
La réaction de Jensen Huang, PDG de Nvidia et homme dont la position sur ce marché lui confère une autorité particulière, a été instructive. Huang a exprimé des doutes sur la nécessité d’une dépense industrielle d’une telle magnitude, avançant que les innovations architecturales et les gains d’efficience computationnelle — des puces qui font plus de calcul avec moins d’énergie, des algorithmes plus efficaces, des méthodes d’entraînement optimisées — réduisent progressivement le besoin en capacité brute.
C’est une divergence de vision qui mérite d’être prise au sérieux : Huang construit les puces que l’industrie IA utilise, et si quelqu’un comprend la courbe de demande réelle, c’est lui. L’argument d’Altman, de son côté, est que les gains d’efficience ne suffiront pas à compenser la croissance de la demande si l’IA atteint le niveau d’adoption et de déploiement qu’OpenAI anticipe.
La participation des fonds souverains du Moyen-Orient ajoute une dimension géopolitique que les discussions sur les chiffres bruts tendent à minimiser. Les Émirats arabes unis, avec Mubadala et Abu Dhabi Investment Authority, ont les moyens de participer à des opérations de cette taille. Ils ont aussi un intérêt stratégique clair à se positionner dans les infrastructures qui vont concentrer la puissance computationnelle mondiale des prochaines décennies. Ce n’est pas seulement un investissement financier — c’est une façon d’acquérir un poids dans les décisions qui vont déterminer où l’IA avancée est fabriquée et à qui elle est accessible.
