En 2018, Nike a placé le visage de Colin Kaepernick dans une publicité avec la phrase « Believe in something. Even if it means sacrificing everything. » La controverse a été immédiate. Des vidéos de consommateurs brûlant leurs chaussures Nike ont circulé sur les réseaux sociaux. Des élus républicains ont appelé au boycott. Et les ventes de Nike ont augmenté de 31 % dans la semaine suivante. La leçon que les équipes marketing du monde entier ont tirée de cet épisode n’était pas forcément celle qu’espéraient les défenseurs des droits civiques. Elle était : la prise de position sur des causes sociales peut être très rentable.
Le capitalisme woke — l’utilisation des causes sociales, de la diversité et de l’inclusivité comme outils de positionnement commercial — est devenu en l’espace d’une décennie l’une des stratégies marketing les plus discutées et les plus pratiquées par les grandes marques mondiales.

Le principe est assez simple dans sa structure : identifier une cause qui résonne avec un segment de consommateurs à forte valeur — principalement les millennials et la génération Z, qui déclarent massivement préférer les marques alignées sur leurs valeurs — et construire une communication autour de cet alignement. L’inclusion ethnique dans les publicités. Le drapeau arc-en-ciel en juin. Les partenariats avec des associations. Les engagements climat formulés avec soin.
Ce qui mérite d’être examiné, c’est l’écart entre la communication et la réalité opérationnelle de ces mêmes entreprises. H&M publie des campagnes mettant en avant la diversité des corps et des origines. Les conditions de production dans ses usines sous-traitantes en Asie du Sud-Est continuent de faire l’objet de rapports critiques d’organisations de défense des droits des travailleurs.
L’Oréal célèbre sa politique d’inclusion dans ses communications institutionnelles. La composition de son conseil d’administration et de ses équipes de direction reste peu représentative de la diversité qu’elle affiche en vitrine. Ces exemples ne sont pas des exceptions — ils illustrent une structure systémique où la communication sociale et la réalité sociale d’une entreprise évoluent sur des rails parallèles.
Les investisseurs institutionnels ont joué un rôle dans cette évolution qu’on a tendance à sous-estimer. L’essor des critères ESG — environnementaux, sociaux, de gouvernance — dans les décisions d’investissement de fonds comme BlackRock a créé une pression financière directe pour que les entreprises affichent des engagements mesurables en matière de diversité et d’inclusion.
Une entreprise dont le score ESG est faible peut voir son accès au capital institutionnel se compliquer. Le résultat est une situation dans laquelle les engagements sociaux sont en partie motivés par les exigences de reporting financier plutôt que par une conviction interne. Ce n’est pas cynique au sens propre — les pressions produisent des changements réels dans certains domaines. Mais le moteur est financier avant d’être éthique.
