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    Home » Le point de non-retour de l’Amazonie , Comment le “poumon de la Terre” est devenu un émetteur net de CO2
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    Le point de non-retour de l’Amazonie , Comment le « poumon de la Terre » est devenu un émetteur net de CO2

    relia francisBy relia francisjuin 8, 2026Aucun commentaire4 Mins Read
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    Dans la forêt nationale de Jamanxim, dans l’État du Pará au Brésil, des chemins de terre illégaux traversent des zones autrefois impénétrables. Sur ces pistes taillées dans la végétation, des arbres abattus et brûlés attendent d’être transformés en pâturage. C’est une scène ordinaire dans la partie sud-est du bassin amazonien, et c’est précisément ce type de scènes qui ont poussé les scientifiques, dans une étude publiée dans la revue Nature en juillet 2021, à confirmer ce qu’ils mesuraient avec inquiétude depuis plusieurs années : cette portion de l’Amazonie ne capture plus le CO2.

    Le point de non-retour de l'Amazonie
    Le point de non-retour de l’Amazonie

    Elle en rejette. Jean-Pierre Wigneron, l’un des coauteurs, a été direct : « C’est la première fois qu’on a des chiffres qui montrent qu’on a basculé. » Pas une projection. Pas un modèle. Une mesure. La bascule n’est pas survenue en un jour. Elle s’est installée progressivement, à travers une combinaison de pressions dont chacune, prise isolément, semblerait gérable. La déforestation massive d’abord — l’élevage bovin représente à lui seul environ 80 % de la déforestation amazonienne selon le WWF, et l’année 2019 a vu 3,9 millions d’hectares disparaître, soit près de quatre fois plus que deux ans auparavant.

    La dégradation ensuite — ces forêts qui restent debout mais que les incendies de surface, l’exploitation illégale sélective et la fragmentation des écosystèmes ont vidées de leur substance. Une forêt dégradée n’est pas une forêt morte, mais ce n’est plus non plus un puits de carbone efficace. Et enfin, le dérèglement climatique lui-même, qui amplifie les sécheresses, tue les arbres adultes plus vite qu’ils ne se régénèrent, et transforme en sources d’émissions des peuplements forestiers qui stockaient du carbone depuis des décennies.

    Ce qui rend le chiffre d’un milliard de tonnes de CO2 rejeté annuellement difficile à absorber — dans tous les sens du terme —, c’est qu’une part significative de ces émissions provient non pas des zones rasées, mais des forêts encore debout.

    Des arbres toujours en place, mais stressés, fragmentés, attaqués par les feux de lisière et les sécheresses répétées, qui respirent différemment que leurs homologues dans une forêt intacte. C’est le côté pervers de cette situation : on peut arrêter la tronçonneuse et continuer à perdre le puits de carbone par dégradation lente et diffuse. La forêt meurt aussi en silence.

    Le seuil qui obsède les climatologues est celui des 20 à 25 % de déforestation cumulative — le point au-delà duquel la forêt perdrait sa capacité à générer ses propres précipitations et basculerait de manière irréversible vers un écosystème de type savane. Le bassin amazonien global se situe encore autour de 17 % de perte, sous ce repère théorique. Mais le tiers oriental de la forêt a déjà franchi ce cap localement, avec 30,8 % de couverture perdue.

    L’Amazonie ne bascule pas uniformément — elle s’effrite par zones, et certaines zones ne se rétabliront pas. Il est possible que ce soit là la réalité la plus importante à comprendre : le point de non-retour n’est pas un événement unique et global, mais une série de bascules locales qui s’accumulent jusqu’à rendre irréversible l’ensemble du système.

    La COP 30 doit se tenir en 2025 à Belém, ville brésilienne littéralement aux portes de l’Amazonie. Il y a quelque chose d’éloquent dans ce choix géographique — une façon de mettre les délégués face à ce dont on parle plutôt que de les réunir dans une ville de conférence sans rapport avec le sujet.

    Mais regarder les statistiques de 2025 sur les incendies — le plus haut niveau de foyers détectés depuis 2010, alimentés par une sécheresse exceptionnelle — et constater que 80 % des grandes filières bétail-cuir brésiliennes n’ont pris aucun engagement climatique sérieux, on a du mal à percevoir dans ce chiffre un tournant. L’Amazonie ne demande pas à être sauvée de manière abstraite. Elle demande à ce que les décisions qui la concernent soient prises à l’échelle et au rythme que la réalité des mesures publiées dans Nature requiert.

    Le point de non-retour de l'Amazonie poumon de la Terre
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    relia francis

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