Dans un laboratoire de Kyoto, à quelques kilomètres des temples et des jardins zen qui font la célébrité de la ville, des ingénieurs travaillent sur quelque chose qui n’a rien de contemplatif. Des bobines supraconductrices de grande taille, des circuits de métaux liquides à haute température, des dispositifs magnétiques conçus pour contenir un plasma à plusieurs dizaines de millions de degrés. L’ambiance est celle d’un chantier scientifique sérieux, et les résultats — ceux qui ont commencé à filtrer ces derniers mois — méritent qu’on s’y attarde.
La fusion nucléaire n’est pas infinie, à proprement parler. Mais elle est à ce point dense en énergie, à ce point décarbonée, et alimentée par des éléments suffisamment abondants dans la nature — le deutérium extrait de l’eau de mer, le tritium qu’on peut « fabriquer » en laboratoire — qu’elle ressemble, comparée aux autres sources d’énergie disponibles, à quelque chose d’une autre catégorie. Le problème, c’est qu’on sait cela depuis les années 1950. Et que la fusion commerciale est restée, pendant des décennies, perpétuellement à trente ans de distance.

Ce qui rend les travaux de Kyoto Fusioneering et de Helical Fusion différents, c’est qu’ils ne cherchent plus seulement à démontrer qu’une réaction de fusion est physiquement possible. Ils cherchent à résoudre les problèmes d’ingénierie qui séparent la réaction du réseau électrique. Le projet FAST — Fusion by Advanced Superconducting Tokamak — a achevé son rapport de conception, ciblant une production à pleine échelle dans les années 2030. Ce n’est pas un réacteur expérimental de plus. FAST intègre dans un seul dispositif la génération de chaleur, son extraction utilisable et la « fabrication » du combustible tritium. C’est la différence entre un démonstrateur scientifique et un prototype industriel.
Helical Fusion a de son côté réalisé les premiers tests au monde de bobines supraconductrices haute température à grande échelle. Ces bobines sont ce qui crée le champ magnétique capable de maintenir un plasma de fusion en confinement stable — sans elles, la réaction s’effondre en quelques fractions de seconde. Le résultat de ces tests est une étape technique que personne n’avait franchie à cette dimension. Il est difficile de mesurer exactement ce que cela représente sans entrer dans la physique des plasmas, mais l’intérêt de la communauté internationale a été immédiat.
Le problème du tritium mérite une attention particulière, car c’est souvent là que la discussion sur la fusion s’arrête. Le tritium est radioactif, difficile à stocker, et sa production commerciale à grande échelle n’a jamais été résolue de façon satisfaisante. Kyoto Fusioneering travaille sur une technologie appelée Vacuum Sieve Tray, ou VST, qui permet d’extraire le tritium depuis des métaux liquides en circulation à haute température. Si cette technologie fonctionne à l’échelle industrielle, elle résout l’un des goulots d’étranglement les plus durables de la filière.
L’accord stratégique avec le Département américain de l’Énergie est, à cet égard, un signal qui dépasse le cadre scientifique. Le gouvernement américain ne s’associe pas à des projets de fusion par optimisme. Il le fait quand il perçoit une trajectoire industrielle crédible. Les installations UNITY-1 et UNITY-2 de Kyoto Fusioneering ont manifestement passé ce seuil de crédibilité.
Il reste prudent de ne pas annoncer la révolution trop tôt. La fusion a déçu trop de fois pour qu’on lui accorde un crédit illimité. Mais quelque chose a changé dans la nature des avancées — moins théoriques, plus concrètes, plus proches du réseau.
