Il y a un an encore, la question ne se posait presque pas. ChatGPT dominait le paysage de l’intelligence artificielle générative avec une aisance presque écrasante, captant plus de 85% du trafic mondial des chatbots. Aujourd’hui, en 2026, ce chiffre a fondu — pas effondré, mais nettement rogné, tombant autour de 64 à 68% selon les analystes de Similarweb. Et le principal responsable de cette érosion porte un nom familier : Gemini.
Ce qui frappe, en observant cette bascule, c’est sa rapidité. Gemini est passé d’environ 5% de part de marché début 2025 à plus de 20% aujourd’hui, une progression que peu d’analystes avaient anticipée avec une telle ampleur. Il serait tentant d’y voir un simple effet de mode. Mais la réalité semble plus structurelle que cela : Google a fait ce que Google sait faire depuis vingt ans, c’est-à-dire distribuer massivement un produit là où les utilisateurs se trouvent déjà, sans qu’ils aient besoin de faire un effort conscient pour l’adopter.

C’est peut-être là le véritable avantage de Gemini. Il n’est pas seulement une application que l’on télécharge — il vit à l’intérieur d’Android, de Gmail, de Google Docs, et surtout des résultats de recherche eux-mêmes. Les « AI Overviews, » ces résumés générés par IA qui apparaissent directement dans Google Search, toucheraient désormais plus de deux milliards d’utilisateurs par mois. Beaucoup d’entre eux, d’ailleurs, ne savent probablement même pas qu’ils utilisent Gemini. Ils cherchent simplement une réponse, et elle apparaît, presque par magie, sans clic supplémentaire.
ChatGPT, de son côté, n’a rien perdu en valeur absolue — bien au contraire. OpenAI a franchi le cap du milliard d’utilisateurs mensuels actifs en juin 2026, un chiffre qui aurait semblé vertigineux il y a encore deux ans. Le paradoxe, c’est que sa part de marché recule quand même, simplement parce que le gâteau global grossit plus vite que sa propre croissance. C’est une nuance importante, souvent perdue dans les titres alarmistes : perdre des parts de marché n’est pas la même chose que perdre des utilisateurs.
Sur le plan technique, la bataille reste étonnamment serrée. Gemini 3.1 Pro devancerait légèrement GPT-5.2 sur certains benchmarks académiques comme le MMLU, mais l’écart reste mince, presque anecdotique pour l’utilisateur moyen. Ce qui distingue réellement les deux produits aujourd’hui, ce n’est plus tant l’intelligence brute du modèle que son intégration dans la vie quotidienne. On pourrait presque parler d’un remake du duel entre Windows et macOS dans les années 2000 : la question n’était jamais vraiment de savoir quel système était le plus puissant, mais lequel s’insérait le mieux dans les habitudes existantes des gens.
Reste une inconnue de taille : la monétisation. ChatGPT continue de dominer en termes de fidélité des abonnés payants et de confiance des entreprises, un terrain sur lequel Google, historiquement, a toujours été moins performant que sur le grand public. Il est encore trop tôt pour dire si Gemini parviendra à transformer sa domination de distribution en revenus comparables. Watching this unfold, on a presque le sentiment d’assister à deux stratégies fondamentalement différentes s’affronter en temps réel — l’une fondée sur la marque et la fidélité, l’autre sur l’omniprésence silencieuse.
Il serait sans doute prématuré de désigner un vainqueur. Le marché lui-même semble se fragmenter, avec l’émergence de concurrents comme Claude ou Perplexity qui grignotent, eux aussi, des parts non négligeables. Ce qui semble certain, en revanche, c’est que l’ère du monopole quasi absolu de ChatGPT touche à sa fin. La suite dépendra probablement moins de la puissance des modèles que de la capacité de chaque géant à s’ancrer durablement dans les habitudes numériques de plusieurs milliards de personnes.
