En juillet 2021, Zhengzhou, capitale de la province du Henan, a reçu en une seule journée l’équivalent de ce qu’elle reçoit normalement en une année entière de pluies. Les tunnels du métro se sont transformés en torrents. Des voitures ont été emportées dans des rues qui ressemblaient à des rivières. Plus de 300 personnes ont perdu la vie. Et Zhengzhou était, sur le papier, une ville qui avait commencé à intégrer des éléments du programme des villes éponges.
Cet événement a dit deux choses en même temps : les inondations extrêmes en Chine atteignent des niveaux pour lesquels aucune infrastructure existante n’a été conçue, et la solution que Pékin a choisie — les villes éponges — est réelle et sérieuse, mais sa mise en œuvre effective reste inégale.

Le concept de ville éponge est, dans son principe, une rejection d’un siècle d’urbanisme à dominance béton. Les villes modernes ont été construites pour évacuer l’eau le plus rapidement possible — caniveaux, égouts, surfaces imperméables, chenaux bétonnés. Cette approche fonctionne pour les pluies ordinaires. Quand les volumes deviennent extraordinaires, les systèmes d’évacuation sont saturés en quelques heures et l’eau n’a nulle part où aller. La ville éponge inverse la logique : au lieu de chercher à éliminer l’eau rapidement, elle cherche à la ralentir, à l’absorber, à la stocker, et à la réutiliser.
En pratique, cela se traduit par des trottoirs et des parkings en matériaux poreux qui laissent l’eau s’infiltrer dans le sol plutôt que de ruisseler vers les égouts. Des parcs redessinés avec des zones humides et des noues paysagères — ces dépressions végétalisées qui collectent l’eau et la filtrent naturellement. Des toitures végétalisées qui retiennent une partie des précipitations avant qu’elles n’atteignent le sol. Des corridors de biodiversité le long des rivières urbaines, qui recréent les zones inondables naturelles que l’urbanisation a supprimées. L’ensemble de ces éléments fonctionne comme un système : chaque composant ralentit le flux, et leur combinaison crée une capacité d’absorption qui change le comportement hydrologique de la ville.
La Chine a lancé ce programme nationalement en 2015 avec une ambition concrète : 80 pour cent des zones urbaines chinoises doivent être capables d’absorber et de réutiliser 70 pour cent de leurs eaux pluviales d’ici 2030. Des villes comme Wuhan, Shenzhen et Chongqing ont été désignées comme sites pilotes, recevant des financements prioritaires et servant de laboratoires d’expérimentation à grande échelle. Les résultats dans ces contextes pilotes montrent des améliorations mesurables dans la capacité d’absorption lors d’épisodes de pluie modérés à intenses.
Le problème, comme Zhengzhou l’a illustré de façon dramatique, est que les événements climatiques extrêmes auxquels la Chine fait face dépassent de loin les scénarios pour lesquels ces infrastructures ont été dimensionnées. Une ville éponge bien conçue peut gérer de façon efficace des pluies intenses — mais pas des précipitations qui représentent une année entière en vingt-quatre heures. La limite physique des solutions basées sur la nature est réelle, et aucun système d’infiltration ne peut absorber des volumes qui dépassent de plusieurs ordres de grandeur ce que les sols peuvent recevoir.
Il est possible que la valeur des villes éponges soit mal mesurée par les événements les plus extrêmes. Sur les épisodes de pluie intenses mais non catastrophiques — qui sont beaucoup plus fréquents — les données des villes pilotes montrent des réductions significatives du ruissellement de surface, des débordements d’égouts moins fréquents, et une qualité d’eau améliorée grâce à la filtration naturelle. C’est un gain réel, même si ce n’est pas le bouclier total contre les inondations que la communication gouvernementale laissait parfois entendre.
D’autres pays regardent l’expérience chinoise avec intérêt et une prudence bien compréhensible. Rotterdam aux Pays-Bas, Copenhague au Danemark, plusieurs villes américaines — beaucoup développent des approches similaires à des échelles différentes. La convergence des solutions est notable : partout où les ingénieurs repensent la gestion des eaux pluviales urbaines, ils arrivent aux mêmes principes de base. La nature gère l’eau mieux que le béton. Le reste est une question d’échelle, de volonté politique, et de moyens.
