Dans un laboratoire de neurobiologie, sous une hotte à flux laminaire, une boîte de Petri contient quelque chose qui ressemble vaguement à un point blanc légèrement translucide. C’est un organoïde cérébral — une petite masse de cellules humaines, cultivées à partir de cellules souches, organisées en structures qui rappellent, à une échelle infiniment réduite, certaines régions du cerveau en développement. Les chercheurs qui travaillent avec ces objets biologiques les regardent tous les jours. Ils mesurent les signaux électriques qui s’y produisent. Ils observent comment les neurones se connectent entre eux.
Ce qu’ils n’ont jamais observé — et ce que la science n’affirme pas — c’est une quelconque forme de conscience. Pourtant, les titres de presse qui circulent régulièrement sur ces mini-cerveaux de laboratoire suggèrent autre chose. « Des organoïdes développent une conscience primitive. » « Les cerveaux en boîte commencent à penser. » Ces formulations font de bons articles. Elles ont peu de rapport avec ce que les données scientifiques montrent réellement.

La réalité est à la fois plus sobre et, à sa manière, tout aussi fascinante. Un organoïde cérébral peut former les principaux types de cellules que l’on trouve dans un cerveau humain — des neurones, des astrocytes, des oligodendrocytes. Il peut produire des signaux électriques, des bouffées d’activité qui ressemblent, superficiellement, à ce que des électrodes détectent dans un vrai cerveau. Ces propriétés en font des outils utiles pour la recherche médicale : tester des médicaments sur des cellules humaines sans recourir à des patients ou à des animaux, modéliser le développement de maladies comme Alzheimer ou des troubles du spectre autistique. Ce sont des avancées réelles et documentées.
Ce qu’un organoïde ne possède pas, c’est tout ce qui serait nécessaire à une expérience subjective. Pas de système sensoriel pour percevoir le monde extérieur. Pas de connexion à un corps qui fournirait des informations sur la douleur, la faim, la température. Pas de circuits intégrés à l’échelle requise pour que quelque chose ressemblant à une pensée ou une émotion puisse émerger. Il y a quelque chose d’assez important dans cette distinction : les signaux électriques existent, oui — mais l’électricité dans un cerveau ne suffit pas à créer la conscience. Si c’était le cas, n’importe quel circuit électronique serait conscient.
La question éthique que certains chercheurs soulèvent n’est pas celle que les médias tendent à poser. Ce n’est pas : « ces organoïdes souffrent-ils ? » La réponse à cette question est non, selon le consensus scientifique actuel. C’est plutôt : à mesure que les techniques progressent et que les organoïdes deviennent plus complexes et plus grands, à quel stade faudra-t-il établir des lignes directrices claires sur ce qui peut être cultivé et jusqu’à quel point ? L’International Society for Stem Cell Research s’est déjà penchée sur ces questions, publiant des recommandations pour encadrer la recherche sur les organoïdes — non pas parce que les structures actuelles soulèvent des inquiétudes immédiates, mais par principe de précaution scientifique.
Il est difficile de ne pas percevoir une tension un peu inconfortable entre la façon dont cette recherche est communiquée et ce qu’elle représente réellement. Les organoïdes cérébraux sont un outil scientifique remarquable. Ils permettent aux chercheurs d’accéder à des cellules humaines fonctionnelles dans des conditions qui étaient impossibles il y a vingt ans. Madeline Lancaster, dont les travaux au MRC Laboratory de Cambridge ont ouvert ce champ en 2013, a construit quelque chose de scientifiquement sérieux. Ce travail mérite d’être discuté avec la précision qu’il exige — pas avec des métaphores sur l’éveil ou la conscience qui excitent les lecteurs mais trompent sur ce qui se passe réellement dans ces boîtes de Petri.
