Il y a quelque chose d’étrange et de touchant à voir une mère construire un film sur sa propre jeunesse, et y glisser discrètement, presque furtivement, le visage de sa fille. Sonia Rolland l’a fait. Dans Un Destin Inattendu, son téléfilm autobiographique qu’elle a elle-même réalisé, l’histoire de Nadia — inspirée de sa propre vie, de son enfance partagée entre le Rwanda et la France — n’est pas incarnée par elle-même ni par Kahina, sa fille avec l’acteur Jalil Lespert.

Ce choix n’est pas anodin. C’est la jeune Esther Rollande, révélée dans Les Meilleurs, qui porte le rôle principal. Mais Kahina, elle, est bel et bien présente, quelques minutes avant le générique de fin, dans une scène brève, presque symbolique.
Regarder cette séquence, c’est comprendre quelque chose sur la façon dont Sonia Rolland envisage l’héritage. Kahina apparaît en petite fille qui échange quelques mots avec le personnage d’Esther Rollande — une transmission, une continuité. Il y a là quelque chose de délibéré, même si rien n’est appuyé. Aucun carton explicatif, aucun clin d’œil ostentatoire au public. Juste la présence, discrète, d’une enfant dans le film de sa mère. C’est possible que ce moment ait été pensé comme un geste privé autant que cinématographique. On ne peut pas en être certain.
Mais Kahina Lespert-Rolland n’est pas qu’une silhouette dans le fond d’un cadre. Dans un autre projet récent de sa mère — parfois confondu dans les médias avec Un Destin Inattendu tant les titres circulent de manière approximative — la jeune fille a décroché un rôle nettement plus consistant.
Elle y joue une « méchante », une antagoniste, ce type de personnage qu’on n’attendrait pas forcément pour une première apparition marquée. C’est une prise de risque, aussi bien pour elle que pour sa mère réalisatrice. Diriger sa propre enfant dans un rôle qui demande de l’assurance, de la dureté même, ça n’a rien d’évident.
Sonia Rolland a toujours eu cette façon de mener plusieurs vies à la fois. Élue Miss France en 2000, première lauréate métisse du concours, elle a rapidement transformé cette notoriété en quelque chose de plus personnel, plus engagé. Les films, la réalisation, l’humanitaire — tout ça forme un portrait cohérent d’une femme qui n’a jamais voulu rester à l’endroit où on l’avait placée au départ. Un Destin Inattendu s’inscrit dans cette logique. Raconter sa propre histoire, sur un écran, avec les outils du cinéma qu’elle a appris à manier, c’est une forme d’affirmation. Pas bruyante. Plutôt tenace.
La confusion autour des titres — certains journalistes ayant parfois amalgamé différents projets sous le même intitulé — dit quelque chose d’intéressant sur la manière dont le travail de Sonia Rolland est perçu, ou plutôt mal perçu. Son œuvre de réalisatrice reste encore sous-estimée par une presse qui la range trop facilement dans la case « ancienne Miss reconvertie ». C’est un peu agaçant à observer. Il y a, derrière ces films, une vraie démarche artistique et personnelle, pas simplement un projet de communication.
Kahina grandit dans cet environnement-là. Fille de deux acteurs, elle baigne dans le cinéma depuis l’enfance, sans que ça ait l’air de l’écraser. Sa présence dans les films de sa mère — d’abord fugace, puis plus affirmée — semble naturelle, presque inévitable. Il est encore trop tôt pour parler de vocation, bien sûr. Mais il est difficile de ne pas remarquer que quelque chose se passe, doucement, entre ces deux générations d’une même famille qui se retrouvent devant et derrière la caméra.
