Il y a une route qui monte depuis Bouira, en passant par les villages accrochés aux flancs des montagnes du Djurdjura. Si vous la suivez assez longtemps, vous arrivez à Raffour. Ce n’est pas un endroit que les guides touristiques signalent en gras. Les maisons sont basses, les ruelles étroites, et l’on y croise des familles entières qui ont, à un moment donné, envoyé un fils ou une fille vers la France. C’est de ce coin de Kabylie que viennent les parents de Maghnes Akliouche, et c’est probablement la raison pour laquelle, quand on parle de lui dans les cafés de Tizi Ouzou, on ne dit pas seulement « le joueur de Monaco ». On dit, avec une nuance de fierté contenue, « le fils de chez nous ».

Maghnes est né le 25 février 2002 à Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, ce département où une bonne partie de la nouvelle génération du football français a appris à dribbler entre les voitures garées. La famille y a posé ses valises bien avant sa naissance, suivant un parcours que des milliers de familles kabyles connaissent par cœur : le départ, le travail, les enfants nés ailleurs, et la mémoire du pays qui reste là, en arrière-plan, dans la langue parlée à la maison et dans les voyages d’été. Le passeport est français. La conversation autour de la table, elle, garde souvent une autre teinte.
Ce qui rend l’histoire d’Akliouche intéressante, ce n’est pas tellement le fait qu’il porte une double identité — c’est presque la norme aujourd’hui dans le football professionnel. C’est plutôt la manière dont il l’a portée publiquement, avec une sorte de retenue qui contraste avec l’exubérance habituelle des jeunes joueurs propulsés sous les projecteurs. Il a peu commenté ses origines dans les médias. Il a laissé son jeu parler, à Monaco d’abord, où il s’est imposé comme l’un des milieux offensifs les plus créatifs de la Ligue 1, puis en équipe de France, où sa première sélection est arrivée presque comme une formalité.
On sait, par les rares confidences livrées à la presse, qu’il a longtemps réfléchi avant de trancher sur le choix de la sélection. L’Algérie a tenté de le convaincre. Les Fennecs auraient aimé l’enrôler avant la France, et plusieurs membres de la diaspora algérienne ont espéré qu’il portait un jour le maillot vert. La décision finale s’est faite, semble-t-il, à la fois sur des considérations sportives et personnelles — la France était le pays où il avait grandi, où il avait été formé, et où ses chances de jouer une grande compétition internationale paraissaient les plus solides à court terme.
Le 5 septembre 2025, il est entré en jeu contre l’Ukraine, lors des qualifications pour la Coupe du Monde 2026. Quelques mois plus tard, le 16 novembre, il marquait son premier but international face à l’Azerbaïdjan, dans une victoire 3-1. Le geste n’avait rien d’extraordinaire en soi — une finition propre, un de ces moments que les jeunes joueurs vivent souvent comme une libération autant que comme un accomplissement. Mais à Raffour, on imagine que le téléphone a sonné plus que d’habitude ce soir-là.
Il est difficile de ne pas remarquer à quel point son parcours ressemble à celui de toute une génération de joueurs binationaux français — Karim Benzema, Zinedine Zidane avant lui, Adrien Rabiot dans un registre différent, et plus récemment des profils comme Houssem Aouar, qui ont fait le choix inverse. Chaque cas est unique. Chaque famille a sa propre histoire de départ, d’installation, et d’attachement à deux terres à la fois.
